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Descubre Harmonia Paraiso ...
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Le résultat de cette enquête démontre, en effet, que les biocarburants sont responsables de la hausse des prix des denrées alimentaires de 75 % sur la période étudiée, un chiffre très loin des estimations jusqu'ici avancées. Ces résultats vont aussi à l'encontre des affirmations du gouvernement américain selon lesquells les agro-carburants ne contribueraient qu'à une hausse de 3 % des prix des denrées alimentaires.
Cette étude va accentuer la pression sur les gouvernements qui prétendent réduire leurs émissions de gaz a effet de serre et réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole.UN FAISCEAU DE PHÉNOMÈNES
"Sans l'augmentation des biocarburants, les stocks mondiaux de blé et de maïs n'auraient jamais chuté aussi sensiblement et la hausse des prix due à d'autres facteurs aurait été modérée", peut-on lire dans le rapport rendu en avril aux responsables de la Banque mondiale.
La hausse généralisée des prix des denrées alimentaires a plongé depuis le début de l'année plus de cent millions de personnes dans les rues à travers le monde. Selon des experts, cette crise mondiale est le résultat d'un faisceau de phénomènes : sécheresse en Australie, flambée du prix du pétrole, utilisation croissante des terres pour la culture de biocarburants et spéculation sur le marché des matières premières.
La divulgation de ce rapport intervient alors que les chefs d'Etat et de gouvernement des pays industrialisés du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) se pencheront, du 7 au 9 juillet à Toyako, dans l'île de Hokkaïdo, au Japon, sur cette question de la crise alimentaire, et tenteront d'y apporter une réponse globale.
Le dépassement du seuil de 350 ppm n'est, bien sûr, pas immédiatement dangereux. Selon les auteurs, il l'est sur le long terme. "Si le CO2 est maintenu pendant une longue période à un niveau supérieur à cette limite, il y a un risque de se placer sur une trajectoire menant à un dérèglement climatique dangereux et irréversible", décrypte la climatologue Valérie Masson-Delmotte (Commissariat à l'énergie atomique, CEA), coauteur de ces travaux. "Il est possible de revenir à un taux de 350 ppm, assure M. Hansen. Il faut un moratoire sur les centrales à charbon puis supprimer progressivement tous les usages de la houille d'ici à 2020-2030. Il faut aussi revoir nos pratiques agricoles et forestières de façon à séquestrer du carbone."
Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont analysé les séries de données retraçant les grandes évolutions climatiques de la planète sur plus de 50 millions d'années. Pour déterminer un seuil limite, "nous avons examiné la vitesse de déplacement des isothermes, le retrait des glaciers - qui sont très importants pour l'alimentation en eau -, la vitesse d'élévation du niveau des mers, la déstabilisation des calottes glaciaires et la réaction des récifs coralliens", précise Valérie Masson-Delmotte.
Les chercheurs ont également recalculé la "sensibilité du climat" au gaz carbonique. Celle-ci se traduit par le réchauffement moyen que provoquerait un doublement du CO2 par rapport à son niveau préindustriel (entre 270 et 280 ppm). Les modèles utilisés par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) la situent autour de 3 °C. Mais ces calculs ne tiennent pas compte de ce que les climatologues appellent les "rétroactions lentes".
Comme, par exemple, la réduction progressive des calottes glaciaires. Lorsque l'effet de serre augmente, la température augmente : les calottes de glace se réduisent. La Terre perd donc progressivement une part de sa capacité à réfléchir le rayonnement solaire : elle absorbe plus d'énergie lumineuse. Les températures croissent donc plus vite, ce qui accélère la réduction des calottes glaciaires, etc.
"En tenant compte de ce type de rétroactions, la sensibilité climatique n'est plus de 3 °C, comme l'estiment les modèles utilisés par le GIEC : elle est de 6 °C, dit M. Hansen. Mais la question de savoir combien de temps ces rétroactions mettront pour entrer en action demeure ouverte." Pour voir ces "cercles vicieux" se mettre en place et emballer la machine climatique, faudra-t-il attendre la fin de ce siècle ? La fin du suivant ?
Les incertitudes des modèles sont importantes. Ainsi, de récentes analyses sédimentaires publiées par une équipe allemande ont montré qu'une calotte glaciaire antarctique importante (estimée à environ 60 % de la calotte actuelle) avait pu subsister, même brièvement, au cours du crétacé, une période très chaude où la température de l'océan tropical était de plus de 10 °C supérieure à la valeur actuelle.
James Hansen, 67 ans, est un habitué des controverses. Il est le premier scientifique à avoir attiré, en 1988, l'attention des médias et des politiques sur le climat. Très engagé, il a lancé en 2007 une campagne pour demander aux gouvernements allemand et britannique d'interrompre tout programme de construction de centrales à charbon.
Au-delà de ces questions, ses travaux ouvrent une question profonde sans rapport avec la science ou la politique : jusqu'où les hommes du XXIe siècle doivent-ils chercher à prévoir les conséquences de leurs actions ? Evoquer le futur de la planète bien après 2100, comme le font M. Hansen et ses coauteurs, c'est devoir imaginer ce que le climatologue Stephen Pacala appelle "les monstres derrière la porte".
Selon eux, nous nous trouvons actuellement dans la phase II (1945-2015) de l'anthropocène, qu'ils dénomment "grande accélération", car la mainmise de l'homme sur la nature s'est considérablement accélérée pendant cette période. "La grande accélération a atteint un stade critique, écrivent-ils, car 60 % des services fournis par les écosystèmes terrestres sont déjà dégradés."
Un point positif, cependant : pendant les années 1980 à 2000, les hommes ont pris progressivement conscience des dangers que leur activité débordante faisait courir au "système Terre". Les différentes réunions internationales de 2007 sur le climat et les nombreux travaux scientifiques sur le sujet et sur la perte de biodiversité en témoignent.
Face à cet état des lieux inquiétant, trois possibilités s'offrent à l'humanité pour faire face à la phase III de l'anthropocène (à partir de 2015 et au-delà). La première ("business as usual") consiste à ne rien changer à nos habitudes, en espérant que l'adaptabilité humaine et l'économie de marché permettront de faire face aux chamboulements environnementaux. Cette orientation comporte "des risques considérables", selon les auteurs de l'article, car il sera peut-être trop tard lorsqu'on se décidera à prendre les mesures adéquates.
La seconde option ("mitigation") vise à atténuer considérablement l'influence humaine sur la Terre par une meilleure gestion de l'environnement. Cela implique l'utilisation de nouvelles technologies, une gestion plus sage des ressources terrestres, un contrôle des populations humaines et une remise en état des zones dégradées. Ce qui ne peut se faire sans "des changements importants dans les comportements individuels et les valeurs sociales". Mais ces tendances vers moins de matérialisme "seront-elles assez fortes pour déclencher la transition de notre société vers un développement durable ?", s'interrogent les scientifiques.
Si cela n'est pas possible, et si le réchauffement climatique est trop brutal, reste alors la troisième option consistant à mettre en oeuvre la géo-ingénierie climatique. Ce choix implique de très puissantes manipulations de l'environnement à l'échelle mondiale, destinées à contrebalancer l'impact des activités humaines.
Déjà, on pense à séquestrer le gaz carbonique dans des réservoirs souterrains. On peut aussi envisager de répandre des particules de sulfates dans la stratosphère pour réfléchir la lumière solaire vers l'espace. Ce qui diminuera les taux de CO2 de l'atmosphère et refroidira les températures. Mais il faudra agir de telle sorte que cela ne se traduise pas par un nouvel âge glaciaire, qu'on ne pourrait contrecarrer qu'en ajoutant de nouveau du gaz carbonique dans l'atmosphère... Conclusion : "Le remède pourrait être pire que le mal."
De l'humanité considérée comme une "force géophysique"
Pour désigner les 10 000 dernières années, le Congrès international de géologie a adopté, en 1885, le terme "holocène" : étymologiquement, une ère "entièrement nouvelle". Cette période correspond au passage d'une société de chasseurs-cueilleurs à l'avènement de l'agriculture.
En 2000, le Nobel de chimie Paul Crutzen a estimé que le terme "anthropocène" était plus adéquat pour décrire les deux derniers siècles écoulés, où l'homme est devenue un "force géophysique" capable de transformer profondément la Nature. Dès 1873, rappelle-t-il, le géologue italien Antonio Stoppani voyait dans les activités humaines "une nouvelle force tellurique" et parlait d'ère "anthropozoïque".
Pour Paul Crutzen, l'entrée dans l'anthropocène date de 1800. La concentration de CO2 dans l'atmosphère était alors de 283 parties par million (ppm). L'accumulation de ce gaz à effet de serre a été marquée par une accélération subite depuis 1950, date d'entrée dans la "phase II" de l'anthropocène. Le CO2 était alors à 311 ppm. Il a atteint 379 ppm en 2005.
CRISE POLITIQUE ET PRESSION MIGRATOIRE
Vingt ans après le Rapport Brundtlan,d qui, en 1987, avait inventé le concept de développement durable, la majorité des indicateurs sont au rouge : climat (les concentrations de gaz carbonique dans l'atmosphère ont augmenté d'un tiers depuis vingt ans), biodiversité (les populations d'amphibiens ont été divisées par deux dans le même laps de temps), pollutions (celle de l'air est responsable de 500 000 morts par an, selon l'Organisation mondiale de la santé, l'OMS), artificialisation des sols (un étalement urbain "anarchique" en Amérique du Nord), etc.
Le PNUE observe que la crise écologique s'articule à la crise sociale. Le contraste est marqué entre la pression écologique intense que subit la biosphère et l'expansion économique qui a fait passer le produit annuel par être humain de 6 000 dollars à 8 000 dollars entre 1987 et 2007. Mais de façon très inégale, insiste le rapport : "Les injustices environnementales continuent à augmenter, affectant surtout les pauvres (qui sont beaucoup plus touchés par les dangers naturels), les femmes et les peuples indigènes." L'environnement reflète ces inégalités : "Certaines régions développées ont accompli des progrès environnementaux aux dépens d'autres régions en y exportant la production et ses impacts."
Les valeurs culturelles propres au système économique dominant ont aussi un effet majeur. Ainsi, "un modèle de développement "du Nord" prévaut toujours avec, par exemple, un développement urbain basé sur la dépendance envers la voiture".
Le PNUE va plus loin en présentant des scénarios imaginant les évolutions d'ici à 2050, selon différentes politiques. Ce travail de scénarisation a été élaboré par plusieurs groupes d'experts internationaux, en se fondant sur les modèles de prospective existant dans plusieurs institutions. Il définit quatre scénarios.
Pour chacun, un but est privilégié :
- Marché d'abord : "Le gouvernement aide le secteur privé à atteindre une croissance économique maximale."
- Politique d'abord : "Le gouvernement met en place des politiques fortes afin d'atteindre l'objectif tout en accordant toujours beaucoup d'importance au développement économique."
- Sécurité d'abord : l'accent est mis "sur la recherche de la sécurité, qui l'emporte sur d'autres valeurs, et place des limites croissantes sur la façon dont les gens vivent".
- Ecologie d'abord : cela "implique la collaboration entre le gouvernement, la société civile et le secteur privé pour améliorer l'environnement et le bien-être de tous".
Sans surprise, le "scénario écologique" atteint le mieux l'objectif d'amoindrir l'ampleur de la crise écologique. Il suppose que la démographie évolue selon le bas de la fourchette prévue par l'ONU, soit 8 milliards d'habitants en 2050. Le taux de croissance annuel de l'économie mondiale est modéré, mais loin d'être nul, puisqu'il conduit à un triplement du produit intérieur brut (PIB) mondial.
Le "scénario marché" poursuit la logique dominante des années 1990 : on y suppose que la population atteindra 9 milliards d'individus en 2050 et que la croissance multipliera par cinq le PIB mondial. Il aboutit à une situation écologique très dégradée en 2050, comme le "scénario sécurité" - qui induit quant à lui des "conflits permanents" à travers la planète. "Dans le scénario marché d'abord, l'environnement et la société évoluent le plus rapidement vers - voire au-delà - des points de basculement où des changements soudains et irréversibles pourraient survenir."
La poursuite de la libéralisation apparaît ainsi comme le scénario le plus risqué. Les experts rappellent que la logique écologique est incompatible avec la recherche illimitée de la croissance économique : "La perte de la biodiversité et le changement climatique ont des conséquences irréversibles, que la croissance des revenus ne peut résoudre."
L'analyse du PNUE ne devrait pas changer, à court terme, le sens des politiques économiques, qui restent focalisées sur la libéralisation et la croissance. Mais, venant à l'appui du diagnostic pessimiste du GIEC sur le climat, et quelques jours avant que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) souligne les effets du changement climatique sur les pays les plus pauvres, il témoigne que la communauté environnementaliste entend dorénavant peser sur les choix économiques engageant l'avenir.
Consulter le rapport sur le site Internet : www.unep.org/geo.
"POINT CRITIQUE"
M. Ban s'alarme de l'accélération récente de la fonte des glaciers et de la calotte polaire. Il souligne que la disparition de cette dernière pourrait élever le niveau des mers jusqu'à six mètres, inondant des villes comme New York, Bombay et Shanghaï. "Je ne veux pas être un oiseau de malheur. Mais je crois qu'on arrive à un point critique", affirme le secrétaire général de l'ONU.
Le Groupe intergouvernemental sur le climat (Giec, mandaté par l'Onu) a bouclé vendredi à Valence en Espagne le dernier volet de son quatrième rapport, une somme de référence pour les cinq prochaines années qui sert à fonder la riposte de la communauté internationale aux dérèglements du climat. Les experts du changement climatique mettent en garde les dirigeants de la planète contre ses conséquences "soudaines", voire "irréversibles", à deux semaines d'une conférence clé des Nations unies sur le climat à Bali.
Le rapport devait être officiellement approuvé samedi matin à Valence en présence de Ban Ki-moon. Ce dernier qualifie d'"encourageantes" les conclusions du rapport et estime qu'il existe "des moyens bien réels et abordables pour combattre le changement climatique".
Les experts de l'agence, qui ont élaboré un scénario de référence (sans changement de politique) et un scénario alternatif (plus économe en énergie) à l'horizon 2030, reconnaissent l'"aspiration légitime" des 2,5 milliards d'habitants des deux géants asiatiques à plus de bien-être. C'est donc à une mobilisation mondiale qu'appelle l'AIE, un organisme créé en 1974 à l'initiative des Etats-Unis pour défendre les intérêts des grands pays consommateurs.
Sans vigoureuse inflexion politique, les besoins augmenteront de 55 % dans les vingt-cinq ans à un rythme moyen de 1,8 % par an, les énergies fossiles représentant 84 % de cette hausse, très loin devant le nucléaire et les renouvelables. Et, avec eux, les émissions d'oxyde de carbone (+57 %). En outre, cette tendance entraînera une "dépendance accrue" des pays consommateurs aux hydrocarbures du Moyen-Orient et de Russie.
L'AIE souligne que le défi de "tous" les pays est donc de s'engager dans une "transition" visant à "décarboniser" l'énergie pour émettre moins de CO2, ce qui permettrait au passage de sécuriser les approvisionnements. "Nulle part ailleurs la tâche ne sera plus ardue, ni plus importante pour le reste du monde, qu'en Chine et en Inde", prévient l'agence, tout en reconnaissant que les émissions de CO2 par Chinois ne représenteront encore que 40 % de celles d'un Américain.
Quelques chiffres donnent la mesure de l'enjeu. La Chine, où la demande devrait plus que doubler (+3,2 % par an) d'ici à 2030, deviendra le premier consommateur d'énergie peu après 2010, détrônant les Etats-Unis. Ses besoins en pétrole quadrupleront, surtout pour alimenter un parc automobile qui comptera 270 millions de véhicules. En outre, le charbon restera la principale source d'alimentation de ses centrales électriques, l'obligeant à en importer massivement alors qu'elle possède déjà d'énormes réserves.
"URGENCE D'AGIR"
Les besoins de l'Inde, eux aussi, feront plus que doubler durant la période. Consommation de houille multipliée par trois, moindre utilisation de la biomasse, de l'électricité pour 96 % de la population contre 62 % aujourd'hui : tout concourt à l'importation d'énergie. Le pays deviendra avant 2025 le troisième importateur net de pétrole, derrière les Etats-Unis et la Chine, et le troisième émetteur de CO2.
Les prévisions à vingt-cinq ans sont difficiles, notamment sur la disponibilité des ressources. Le pétrole ne manquera pas, affirme l'AIE, campant sur un optimisme jugé excessif par de nombreux experts. En 2030, elle estime que la production atteindra 116 millions de barils par jour (32 millions de plus qu'en 2006), et que la part de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) passera de 42 % à 52 %.
Mais l'AIE juge que la hausse continue de la demande est "une menace réelle et de plus en plus grave pour la sécurité énergétique de la planète". Elle n'exclut pas, avant 2015, "une crise du côté de l'offre, qui s'accompagnerait d'une envolée des cours pétroliers", et prévient qu'"il sera extrêmement difficile d'assurer des approvisionnements fiables à des prix abordables". D'autant qu'une part croissante du brut servira au transport, pour lequel il n'existe pas de substitut.
Malgré la hausse des prix, la consommation s'accroîtra donc et les pays producteurs ne seront pas incités à investir, les tensions offre-demande maintenant l'afflux de dollars dans les pétromonarchies.
Autre facteur de risque, mais aussi de développement économique : l'accroissement des échanges pétroliers. Ils passeront de 41 millions de barils par jour en 2006 à 65 millions en 2030 (dont 13 millions importés en Chine), alors que l'offre sera plus concentrée dans les pays instables du Moyen-Orient d'où sont parties toutes les crises pétrolières des dernières décennies.
L'AIE pense que la Chine et l'Inde sont désormais conscientes qu'une course effrénée aux gisements d'or noir (Afrique, Asie centrale…) ne les prémunit pas contre une crise d'approvisionnement, et que la sécurité passe aussi par un bon fonctionnement du marché pétrolier.
L'AIE conclut sur l'"urgence d'agir" pour sauver la planète des retombées désastreuses du réchauffement. Si les Etats mettaient en œuvre les mesures qu'ils préconisent eux-mêmes, un recul de 19 % des émissions par rapport au scénario tendanciel serait possible en 2030. Encore insuffisant pour éviter une élévation moyenne de 2,40 des températures mondiales (le scénario bas du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat) dans la seconde moitié du XXIe siècle.
Mais pour y parvenir, il faudrait un usage plus rationnel des énergies fossiles, une augmentation de la part du nucléaire, la généralisation du captage-stockage du CO2. Bref, des "avancées technologiquessans précédent" et "une action exceptionnellement rapide et vigoureuse" des gouvernements. La place grandissante de la Chine et de l'Inde devrait les inciter à passer des belles paroles aux actes, conclut l'AIE.
Pour les scientifiques d'EWG, les réserves prouvées (exploitables et rentables aux coûts actuels) ne sont pas, contrairement aux estimations officielles, de 1 200 milliards de barils mais de 854 milliards. La différence est imputable aux cinq grands producteurs du Moyen-Orient : Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït et Emirats arabes unis. Ils ne posséderaient pas 630 à 710 milliards de barils, comme l'affirment les plus optimistes, mais seulement 340 milliards.
"Dans cette région, la production va décliner dans un avenir proche", affirme le rapport. Ce serait une très mauvaise nouvelle pour les pays consommateurs, qui comptent sur ces réserves pour alimenter leur croissance économique, alors que l'on s'attend à un déclin de la production des pays non membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Russie, Mexique...) à partir de 2010.
"CHANGEMENT ÉCONOMIQUE"
Le niveau exact des réserves est invérifiable. Les pays producteurs ne sont pas tenus à une obligation de transparence. C'est ainsi que l'EWG estime les réserves de l'Iran à 44 milliards de barils (contre 130 officiellement) sur la foi d'un ancien ingénieur de la compagnie nationale (NIOC). Celles de l'Arabie saoudite ne seraient pas de 262 milliards mais de 181 milliards de barils.Les calculs du groupe d'experts allemands s'appuient sur la production actuelle et tiennent compte des difficultés des compagnies (accès aux ressources, retard des projets). Plusieurs majors pétrolières ont accusé, ces derniers mois, une forte baisse de leur production. L'EWG souligne aussi que les grands champs du golfe Persique ont atteint un pic et qu'"une augmentation de l'extraction n'est pas dans l'intérêt à long terme des pays du Moyen-Orient". Notamment des Saoudiens, dont la production serait déjà en baisse.
A ceux qui dénoncent ses méthodes de calcul, l'un des deux auteurs du rapport, Jörg Schindler, répond que "c'est sur cette base qu'EWG a pu annoncer sans se tromper que la production de mer du Nord atteindrait son pic en 2000". L'EWG juge que "le monde est au début d'un changement économique structurel" lié à la déplétion pétrolière, et que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) adresse un "message erroné" aux politiques, aux industriels et aux citoyens.
Ces prévisions doivent tout de même être prises avec précaution. Même l'ASPO (Association for the Study of Peak Oil), un groupe d'ex-géologues pétroliers critiques sur l'optimisme des compagnies et de l'AIE, est moins alarmiste. Elle estime qu'on atteindra le pic vers 2011, mais qu'on produira encore 65 millions de barils par jour en 2030 (contre 116 millions pour l'AIE).
Le rapport sert la cause de l'EWG, dont les responsables militent pour les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse...) et un renforcement de l'efficacité énergétique, seuls capables à leurs yeux de résoudre la crise. Député au Bundestag, M. Fell a été l'un des grands artisans du développement des énergies propres en Allemagne.
Le scénario noir d'EWG sous-estime les progrès dans les techniques d'exploration et de production, qui accroissent le taux de récupération du brut. Il minimise aussi le potentiel des pétroles dits "non conventionnels" (sables bitumineux, huiles lourdes...) rentables avec un baril à 90 dollars, même si leur extraction se fait à des coûts énergétiques et environnementaux élevés. En 1950, juste avant les grandes découvertes des décennies 1950-1970, le rapport entre réserves prouvées et production annuelle était de vingt-deux ans ; il est aujourd'hui de quarante-quatre ans.
Bouddha a vécu quatre-vingts ans - dont quarante de prédication -, mais n'a jamais nommé de successeur. Cette absence d'autorité suprême et l'éparpillement des communautés ont donné leur marque au bouddhisme naissant. Son histoire est faite d'une longue série d'emprunts aux traditions locales - chamanisme ou tantrisme hindou -, de divisions et de schismes. Même si les frontières sont poreuses, le bouddhisme se répartit aujourd'hui en trois écoles principales, correspondant à trois zones d'implantation géographique en Asie.
L'ÉCOLE THERAVÂDA
C'est la "voie des Anciens", encore appelée l'"école du Sud", puisqu'elle est implantée dans le sud-est du continent : au Sri Lanka, en Birmanie (où elle s'impose au XIe siècle), au Cambodge, en Thaïlande, au Laos et au Vietnam pour partie seulement (à cause de l'influence chinoise).
Ecole la plus ancienne et la plus proche du bouddhisme primitif, le theravâda - dont les textes sacrés sont en langue pâli - propose un enseignement traditionnel pour avancer sur la "voie de l'Eveil", dont l'étape de perfection ultime (nirvana) se traduit par le dépouillement de tout lien de souffrance ou de désir. L'objectif est de se libérer du samsara, le "cycle des renaissances". Etre sauvé signifie être libéré d'un monde terrestre réduit à des réalités "phénoménales" ou "impermanentes".
Pour ne plus mourir, il ne faut plus renaître... D'où le développement d'une spiritualité, dans le theravâda, du "non-attachement", puissante chez les moines, qui s'interdisent toute activité mondaine. Ils ne travaillent pas, ne reçoivent aucun argent, ne se font pas à manger. Ils sortent chaque matin pour mendier leur nourriture et dépendent intégralement des laïcs. Ils pratiquent de manière radicale le Noble Octuple Chemin ("parole juste, acte juste", etc.) pour développer cette attitude mentale de "non-attachement".
L'ÉCOLE MAHAYANA
Elle est née en Inde au début de l'ère chrétienne. C'est le bouddhisme "du Nord" : celui de la Chine (dès le Ier siècle), du Japon (VIe siècle), de la Corée et d'une partie du Vietnam. Cette réforme de l'enseignement primitif est fondée sur la notion de bodhisattva ("l'être voué à l'Eveil"), c'est-à-dire celui qui renonce à son propre nirvana pour pratiquer au plus haut degré la vertu de don et conduire à la délivrance de tous les êtres. Le bodhisattva accepte de rester dans le "cycle des existences", donc dans le monde de la souffrance, pour vivre une dimension de compassion totale.
L'école mahayana se fait appeler "Grand Véhicule", par opposition à l'école theravâda, qu'elle qualifie d'une notion péjorative : le "Petit Véhicule", soupçonné de ne chercher que le salut individuel. Entre les deux écoles, la dimension intérieure change, mais la vie monastique est presque identique. Dans la tradition mahayana, la figure du moine est moins idéalisée que dans la première. En Chine et au Japon par exemple, des moines se font à manger, ce qui est une hérésie pour un moine theravâda, birman ou sri-lankais. Dans tous les cas, les moines ne font pas de voeux perpétuels (puisque le monde est "impermanent"). Ils entrent et sortent du monastère, lieu de l'initiation de la plupart des jeunes.
L'ÉCOLE VAJRAYANA
Elle est aussi appelée "Véhicule du diamant", ou "Véhicule des formules" (mantrayana), ou "bouddhisme tantrique" (tantrayana, inspiré des tantras hindous, mot qui signifie "ouvrages explicatifs").
Il s'agit ici du bouddhisme tibétain, très minoritaire dans le bouddhisme mondial, mais le plus connu et pratiqué en Occident. L'école du "diamant" (le diamant est le symbole de la force qui détruit les illusions) est née également dans le nord de l'Inde et s'est développée, entre les IIIe et Ve siècles, au Tibet, en Mongolie et au Bhoutan.
Elle emprunte aux deux précédentes écoles, pénétrant même le "Grand Véhicule" de Chine et du Japon. Le zen japonais (chan en chinois), également connu et pratiqué aux Etats-Unis et en Europe, incorpore, par exemple, des éléments tantriques, ces techniques d'invocation de divinités et de récitation de formules rituelles, capables de provoquer une "transmutation" intérieure. Le but est d'acquérir l'état d'éveil dès cette vie, et non sur un parcours étendu à de nombreuses existences. Le maître spirituel (guru) y tient une place essentielle.
Ce bouddhisme a inspiré au Tibet un système théocratique fondé, depuis le milieu du XVIIe siècle, sur le pouvoir des lamas ("maîtres"). Le dalaï-lama est le maître dont la sagesse est aussi vaste que l'océan (dalaï). L'actuel dalaï-lama, Tenzin Gyatso, a dû quitter son pays occupé par les Chinois en 1959.
Chiffres
Dans le monde. Il y a 400 millions de bouddhistes. Ils représentent plus de 50 % de la population au Japon, au Laos, au Cambodge, en Thaïlande, en Birmanie, au Sri Lanka, au Vietnam. En Birmanie, la population (48 millions) est très majoritairement bouddhiste et compte entre 300 000 et 500 000 moines.
En Occident. Depuis les années 1970, l'intérêt pour le bouddhisme a beaucoup augmenté aux Etats-Unis, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Les formes les plus pratiquées sont le zen puis le bouddhisme tibétain. L'implantation des écoles bouddhiques suit les vagues d'émigration d'origine vietnamienne, chinoise, laotienne, cambodgienne, birmane.
En France. Le pays compte quelque 300 centres bouddhiques. On estime entre 20 000 et 30 000 le nombre de Français d'origine non asiatique devenus des pratiquants réguliers. S'y ajoutent les centaines de milliers de fidèles des diasporas asiatiques en France.
Battre des records est presque devenu une habitude, note Jean-Claude Gascard, directeur de recherche au Laboratoire d'océanographie et du climat et responsable du programme européen Damocles. A ce rythme, la banquise estivale pourrait avoir disparu en 2020." Soit beaucoup plus tôt que ne le prévoient les modèles climatiques, qui tablent plutôt sur des eaux libres en été au pôle Nord vers 2050.
Actuellement embarqué sur le brise-glace russe Fedorov, Jean-Claude Gascard peut littéralement toucher du doigt le phénomène : pendant plusieurs jours, le bâtiment a cherché en vain une plaque de glace suffisamment consistante pour accueillir une base dérivante comptant 25 personnes et 300 tonnes de matériel. Les scientifiques russes vont devoir se replier sur un îlot au large de l'archipel de Severnaya Zemlia, ce qui amputera le programme de recherche. "Il n'est pas impossible que nous aboutissions au constat que seules des expéditions en bateau dérivant sont désormais praticables en Arctique", constate le chercheur.
A quoi tient cette fonte accélérée ? Jean-Claude Gascard avance deux explications : des étés plus chauds, liés au réchauffement climatique et marqués par une couverture nuageuse basse, "qui accroît l'effet de serre plutôt qu'elle ne réfléchit le rayonnement solaire". Mais aussi "une accélération fantastique de la dérive transpolaire des glaces de mer". Le voilier Tara, prisonnier volontaire de la banquise pour l'étudier, a connu un déplacement deux fois plus rapide que prévu.
Cette dérive conduit à l'évacuation des glaces de l'océan Arctique par le détroit de Fram, entre le Groenland et l'archipel du Spitzberg. Les vents en sont le principal moteur. Leur régime semble subir une modification liée à un changement de distribution des champs de haute et basse pressions en Arctique. Cette année, "les vents dominants ont apporté du sud de l'air chaud, notamment sur les côtes de Sibérie orientale", souligne Sheldon Drobot, de l'université du Colorado. Spécialisée dans la prévision de l'évolution de la banquise, son équipe a été surprise par sa dislocation accrue en juillet. "Nos images satellites montrent aussi une perte de la glace ancienne, ce qui pourrait correspondre à un amincissement de la banquise", poursuit-il.
Les indices des satellites sont corroborés par les observations in situ. Le brise-glace allemand Polarstern, qui a parcouru l'océan Arctique pendant tout l'été, a constaté que l'épaisseur moyenne de la banquise était d'environ un mètre, soit une diminution de moitié depuis 2001. Alors qu'il se trouvait à 150 km du pôle Nord, le navire océanographique a connu une journée entière de pluie.
Hervé Le Goff, ingénieur de recherche (CNRS) qui vient de partir hiverner sur Tara pour le programme Damocles, raconte que le voilier, à 400 km du pôle, a été baigné par des pluies intermittentes "tout le mois d'août. Il y a vingt ans, il ne pleuvait pas dans ces coins-là".
Ces transformations radicales de l'océan Arctique, qui aboutiront à l'ouverture estivale de nouvelles routes maritimes - le passage du Nord-Ouest et bientôt celui du Nord-Est -, ont déjà des conséquences sur la faune. Les 25 000 ours blancs, privés de banquise qui constitue leur territoire de chasse, pourraient voir le nombre réduit de plus des deux tiers d'ici à 2050, selon une étude américaine de l'US Geological Survey.
"Je pense cependant que les principaux impacts de la diminution de la banquise seront sociaux, estime Sheldon Drobot. Des indices montrent que cela va modifier le régime des pluies en Europe de l'Ouest, ce qui pourrait avoir une influence majeure sur l'agriculture, la viticulture et d'autres activités économiques."
RÉFÉRENCES
CHANGEMENT CLIMATIQUE EN ARCTIQUE.
Selon le rapport 2007 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le réchauffement de la planète aura de nombreuses conséquences sur toute la région arctique. Le principal effet prévu est la réduction, tant en épaisseur qu'en extension, de la banquise, des glaciers et des calottes glaciaires. La fonte saisonnière du pergélisol sera accentuée, ce qui aura des répercussions négatives pour les infrastructures qui y sont installées, le sol devenant plus mou. Les écosystèmes seront aussi bouleversés ainsi que les modes de vie traditionnels de certaines communautés humaines. Du côté des bonnes nouvelles, les coûts de chauffage des habitations seront réduits et de nouvelles voies maritimes ouvertes.Les rapports du GIEC sont disponibles sur le site Internet www.ipcc.ch
L'information concernant "la longue nuit de la foi" vécue par Mère Teresa lui est parvenue par La Croix, auquel elle est abonnée et qu'elle épluche tous les jours, dans la maison de retraite qui l'accueille désormais, sur les hauteurs de l'arrière-pays varois. Comme Le Monde et comme l'ensemble des quotidiens de la planète, ce journal évoquait le 27 août la publication, prévue le 5 septembre, pour le 10e anniversaire de la mort de la religieuse de Calcutta, d'un livre présentant soixante-six années de sa correspondance privée avec ses confesseurs et supérieurs sous le titre Mère Teresa, viens, sois ma lumière (Double Day).
Des lettres réunies par le Père Brian Kolodiejchuk, missionnaire de la congrégation fondée par la soeur d'origine albanaise, dans lesquelles elle évoque les profonds tourments mystiques dont elle a souffert pendant la plus grande partie de sa vie. Des doutes, une angoisse, un désespoir liés à un questionnement terrible : "Où est ma foi ? Tout au fond de moi, il n'y a rien d'autre que le vide et l'obscurité. Mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse !"
Soeur Emmanuelle est bouleversée par cette confession. "Des documents réunis pour la cause de sa béatification avaient déjà révélé des doutes déchirants et son sentiment d'être abandonnée par Dieu, se souvient-elle. Mais comment imaginer que le tunnel ait duré cinquante ans ? Comment imaginer la souffrance, les ténèbres, la solitude, la torture, toutes ces années durant ? Il n'y a rien de pire, pour une religieuse, que de prier dans le vide, car toute sa vie est suspendue à cette relation à Dieu. Je sais ce que c'est. C'est terrible ! Moi, j'ai tenu deux ans. Mais cinquante..."
Elle a douté, donc. Elle aussi. Elle a cherché, vacillé, tâtonné. Prié sans être sûre que quelqu'un écoutait. Supplié Dieu pour qu'il lui fasse un signe. Cherché des preuves, enchaîné les lectures... Issue d'une famille catholique de Bruxelles, entourée de gens "qui allaient naturellement à la messe" et débarquée à 23 ans à Istanbul comme petite soeur de Notre-Dame-de-Sion juste après son noviciat et sans avoir fait de longues études, elle n'avait guère eu l'occasion d'être confrontée à d'autres pensées et religions. Or, voilà qu'au bout de trois ans, elle suivit des études de philosophie à l'université d'Istanbul, où elle fréquenta des professeurs juifs et musulmans de très haut niveau. Ce fut le choc.
"Des gens de qualité défendaient donc une autre foi ? Mais où était la vérité ? Quels éléments penchaient en faveur du catholicisme ? Je me suis lancée avec frénésie dans l'étude de Mahomet, de Bouddha, du Talmud. Il n'y avait pas plus de preuves de l'existence de Dieu que dans la Bible. Mais mes prières m'ont soudain donné l'impression de résonner dans le vide. Moi qui m'étais consacrée corps et âme au Christ, sûre qu'il était la lumière, je doutais atrocement. Vers qui me tourner ?" Elle a plongé chez les philosophes pour y trouver un sens à la vie. Confucius, Camus, Sartre, les autres... "L'absurdité pour l'absurdité, ça ne valait pas la peine !" Elle a interrogé les grands théologiens. Ce fut rapidement l'impasse. "Je continuais à prier : tu ne m'aides pas, Seigneur ! Aie pitié de moi ! J'étais déchirée entre mon coeur, toujours attaché à la foi, et mon esprit qui en réclamait des preuves."
Ce n'est qu'en étudiant plus tard Pascal qu'elle trouva un certain soulagement. "Dieu n'est pas le dieu des philosophes et des savants, disait-il ! Dieu n'est pas sensible à la raison raisonnante et les preuves de son existence n'existent pas ! Que j'étais donc orgueilleuse de vouloir tout comprendre ! La foi est affaire de coeur, la foi vient des tripes."
L'apaisement vint des années plus tard, dans la cabane du bidonville du Caire où elle avait choisi de vivre, pauvre parmi les pauvres, à 60 ans passés. C'était un soir d'hiver et la soeur, dans un lit défoncé, tentait de se réchauffer quand une mélopée s'est élevée de chez Fawzia, sa voisine. La soeur s'est levée discrètement et la scène qu'elle a découverte alors l'a marquée à jamais. Près d'un feu qu'elle venait d'allumer, la jeune femme chantait les phrases de l'Evangile que lui lisait son mari, leur petit garçon faisant ses devoirs par terre.
"Le visage de Fawzia était transfiguré. Il y avait en elle une plénitude, la certitude que le Christ était là, près d'elle, et qu'il l'aiderait à élever ses enfants. Je suis rentrée fascinée. Et j'ai pensé à Pascal : le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob se révèle à cette pauvre femme qui chante sereinement ; il ne se démontre pas par un raisonnement intellectuel. Et j'ai pensé à la parole du Christ : "Si vous n'avez pas un coeur d'enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume." Cela m'a fait un bien fou. Et je n'ai plus douté. En tout cas, jamais durablement."
Il y a pourtant eu des drames et événements qui l'ont fait chanceler. D'atroces images de bébés morts du tétanos dans le bidonville du Caire parce qu'on leur avait coupé le cordon ombilical avec un couvercle de boîte de conserve rouillée. Des témoignages d'injustices et de tragédies dont son courrier regorge. L'assassinat par un tueur à gages, au Liban, d'une petite Leïla aux yeux noirs dont elle venait de s'occuper. "J'étais révoltée. Seigneur, où étais-tu cette nuit-là ?"
Et puis le tsunami de décembre 2004. "Là encore, je me suis tournée vers Lui : "Seigneur, tu as fait ça ? Mais pourquoi ? Pourquoi ?" J'étais abasourdie. J'ai longuement réfléchi. Et je me suis dit qu'au fond, en une minute, des dizaines de milliers d'hommes sont entrés dans une éternité de joie, d'amour et d'harmonie. Nous sommes des taupes qui ne voyons que le court terme sur terre. Dieu, lui, voit l'éternité."
Soeur Emmanuelle n'a jamais partagé ses doutes avec quiconque. Même avec ses soeurs. "Ça ne les regardait pas ! C'était la partie la plus secrète, la plus profonde, la plus intime de moi-même. Personne n'en a jamais rien su." Mère Teresa n'a pas parlé davantage. Et avant sa mort, jamais Soeur Emmanuelle, qui l'avait rencontrée au Caire dans les années 1970, quand la mère était venue installer les Filles de la charité en plein bidonville, n'avait eu le soupçon de ses tourments si déchirants.
Elles avaient alors toutes deux passé la soixantaine, étaient en pleine activité, et s'étaient parlé - en anglais - simplement, fraternellement, "comme si nous nous connaissions depuis toujours".
Mais Soeur Emmanuelle était frappée par son rayonnement, la force d'amour qu'elle semblait puiser " dans le Christ", son attachement à la prière. "Ses soeurs, harcelées de travail, lui ont dit un jour : "Nous n'y arrivons plus ma mère, il faudrait diminuer notre temps quotidien de prière." Elle avait répondu : "Nous l'augmenterons ! Cela vous donnera plus de calme et vous ferez finalement plus de travail." C'est ce qui s'est passé. Tu vois la rigueur ? L'honnêteté ? Alors que sa propre prière était tellement aride, elle incitait à se confier encore davantage à Dieu, s'accrochait, s'agrippait, tenait bon ! Cinquante ans ! Magnifique !"
Mais ce sourire, Soeur Emmanuelle ! Cet éternel sourire de Mère Teresa que vous-même aviez trouvé si apaisant et dont nous apprenons aujourd'hui qu'il n'était autre qu'un "masque" ?
"Elle le faisait par amour. Elle le donnait ! Elle savait qu'il était la plus grande consolation pour ceux qui allaient mourir. Impossible, vus ce sourire et cette sérénité apparente, d'imaginer ses tumultes intérieurs. Et cette souffrance, souvent donnée comme une épreuve aux grands mystiques et fondateurs de congrégations, la rapprochait de Dieu. Ah comme c'est beau !"
Elle joint ses mains et sourit avec dévotion et tendresse. Pour elle, cela ne fait aucun doute, les lettres de Mère Teresa, aussi déstabilisantes soient-elles, devaient être publiées. Et peut-être en dépit des souhaits de la religieuse, Prix Nobel de la paix 1979, qui souhaitait qu'on les détruise à sa mort. "Je suis pour la vérité, dit Soeur Emmanuelle. Et la complexité de Mère Teresa, dont témoignent ces lettres, la rapproche de gens actuellement dans le doute et dépourvus d'espoir. Cela montre la force de la volonté, du courage, de la persévérance. Cela donne aussi une valeur à la souffrance. Mère Teresa s'humanise. Ses doutes la grandissent !"
Un silence. Un sourire. Un regard sur le chapelet qu'elle tient continuellement entre ses mains. Et puis ce mot : "Une héroïne..."
des forêts entières...
Tout d'abord, la perte nette de surfaces forestières ralentit, grâce à l'accroissement des reboisements en Asie. Et la superficie de forêts protégées augmente. Au total, 11 % du couvert forestier est affecté à la conservation de la diversité biologique, selon les chiffres fournis par les Etats à la FAO, soit une augmentation de 32 % depuis 1990. Le rapport relève également une amélioration du cadre juridique, politique et institutionnel : plus de 100 pays ont mis en place des programmes forestiers nationaux, censés garantir une meilleure gestion des forêts.
"La situation reste mauvaise, résume Jan Heino, sous-directeur chargé des forêts de la FAO. Mais nous notons des progrès. Nous espérons que ces exemples pousseront tous les gouvernements concernés à agir." Les contrastes entre continents sont violents. Les forêts prospères - stables ou en expansion - se situent en Amérique du Nord, en Europe, et, pour la première fois depuis plusieurs décennies, en Asie. La politique de reboisement à but commercial menée en Chine (et dans une moindre mesure en Inde) compense les taux de déforestation élevés d'autres pays (Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée).
ESPÈCES ENVAHISSANTES
En Asie du Sud-Est, en Afrique, et en Amérique latine, la déforestation continue en revanche à un rythme "très préoccupant", selon la FAO. Or ces forêts sont précieuses. "On ne peut pas mettre sur un même plan la progression de plantations qui privilégient une ou deux espèces à croissance rapide, et n'ont aucun intérêt sur le plan de la biodiversité, et la destruction de zones tropicales très riches, qui se poursuit à un rythme très élevé", affirme Ludovic Frère, chef de l'unité biodiversité chez Greenpeace, contestant les motifs d'optimisme de la FAO. Au total, 6 millions d'hectares de forêts primaires sont perdus ou modifiés chaque année.
L'expansion des terres agricoles et l'exploitation commerciale - légale ou non - sont les principales causes de destruction. "Les forêts et la population souffrent de méthodes d'exploitation menant à la destruction et au gaspillage", affirme le rapport. Ces pratiques persistent "en raison de considérations économiques et d'une absence de prise de conscience". La superficie de forêts certifiées - respectant certaines règles liées l'environnement - a certes progressé (7 % au total), mais celles-ci se trouvent dans les pays développés. "L'objectif initial, la lutte contre la déforestation tropicale, n'a pas été atteint", relève la FAO.
Dans les pays en développement, le bois est également la principale source d'énergie. La FAO met l'accent sur une autre menace sur la biodiversité des forêts : l'introduction d'espèces envahissantes, favorisée par le commerce international.
Un peu moins de médicaments...
"La plupart des pays n'ont pas conscience de l'ampleur du détournement et de l'abus" de médicaments légalement prescrits, malgré la multiplication des décès qui y sont liés, souligne le président de cet organe mandaté par l'ONU, Philip Emafo."Au niveau mondial, les prescriptions légales de fentanyl [un opioïde de synthèse 80 fois plus puissant que la morphine] ont plus que triplé depuis l'an 2000", s'est-il alarmé lors de la présentation du rapport.
Dans certaines régions du monde, l'abus de médicament délivrés sur ordonnance a ainsi déjà dépassé celui de drogues illicites traditionnelles comme l'héroïne ou la cocaïne, notamment en Amérique du Nord et en Europe.
Aux Etats-Unis, l'abus d'analgésiques (anti-douleurs) est devenu courant chez les lycéens et étudiants, avec des taux de prévalence parfois supérieurs à 10 %. Ces substances se répandent également à grande vitesse, notamment en Inde ou au Nigeria.
L'OICS estime, par ailleurs, qu'en France un quart des prescriptions de buprénorphine (Subutex), un analgésique prescrit dans le cadre de traitements de substitution, est détourné vers le marché illicite et parfois réexporté.
Phénomène nouveau : l'abus d'anorexigènes, des substances destinées à faire maigrir, tend à se répandre malgré les dangers d'accoutumance ou même de mort qu'il peut impliquer. "Ils sont actuellement utilisés sans discrimination pour nourrir l'obsession de l'amaigrissement qui touche certaines sociétés", a relevé M. Emafo.
Les pays les plus concernés sont, dans l'ordre décroissant, le Brésil, l'Argentine, la Corée du Sud, les Etats-Unis et Singapour. L'OICS note, à l'inverse, que le Chili, le Danemark et la France ont "considérablement" réduit la consommation de ces substances grâce à des contrôles plus stricts.
AUGMENTATION DES "CYBERPHARMACIES" ILLÉGALES
Parallèlement au détournement de médicaments prescrits légalement, la vente illégale de produits pharmaceutiques, souvent par Internet, se poursuit avec "la mise sur le marché de quantités de plus en plus grandes et de plus en plus variées", a souligné M. Efamo. Selon l'OICS, le nombre de "cyberpharmacies" illégales continue de croître pour atteindre plusieurs milliers voire dizaines de milliers, 84 % d'entre elles proposant des benzodiazépines et 68 % des opioïdes, selon des estimations. "Ces médicaments peuvent provenir de vols, de détournements, mais aussi de ventes illicites par les fabricants", indique M. Efamo.
Comme dans les pays en développement, où selon l'Organisation mondiale de la santé jusqu'à 50 % des médicaments peuvent être contrefaits, il peut aussi s'agir de produits "périmés ou imités, dont la qualité, la sûreté, l'efficacité, l'origine et la posologie sont inconnues", a-t-il ajouté. "Il importe que les consommateurs prennent conscience que les médicaments achetés sur le marché non réglementé peuvent être mortels lorsque ce ne sont pas des produits authentiques ou lorsqu'ils sont consommés sans avis médical", a souligné le responsable.
Pour combattre le trafic et l'abus de produits pharmaceutiques obtenus légalement ou non, les Etats doivent "sensibiliser leurs services de détection et de répression" à l'accélération du phénomène, préconise l'OICS. Cet organisme indépendant de 13 membres - médecins, pharmacologues et experts -, créé en 1968, est chargé de suivre l'application des conventions internationales de l'ONU sur le contrôle des drogues.